Critiques

Pauline Lisowski

Des paysages pour des connexions entre des mondes

Josée Le Roux explore les thèmes de la nature et s’attache à montrer la beauté des choses, des éléments impermanents et fragiles. Elle s’inspire aussi bien de son histoire personnelle, de ses randonnées que des images d’archives et d’objets issus de musées. Elle travaille par série pour composer des récits, souvent fondés sur des lieux réels. Les espaces d’expositions et parfois leur mémoire l’incitent à créer des œuvres spécifiques qui révèlent une histoire.

Ses forêts réalisées au pastel à l'huile sont baignées d'une lumière qui semble éblouir, et faire surgir des souvenirs de promenades. Cette lueur serait ce guide du promeneur, une voie qui conduit vers un ailleurs. Josée Le Roux y associe parfois une autre lumière, celle de lustres baroques. Ses peintures de lustres font alors appel au merveilleux et à des récits. Ses robes en céramique, dessin et peinture évoquent également les contes de fées. La forêt se révèle le lieu d’une quête, d’une fuite vers l’invention d’histoires et de rêveries. Dans d’autres œuvres panoramiques, elle associe des animaux qui paraissent s’échapper, pris dans leur élan. La mise en scène de ses différentes séries rappelle l’expérience proposée par les dioramas, qui permettent aux spectateurs de se sentir dans le paysage représenté.

Dans sa série de tondos, Hommage à Coronelli, le célèbre cartographe, l’artiste combine divers éléments, issus de différentes sources, l’animal et le végétal, sujets qui traversent ses peintures, des figures mythologiques et des fragments de corps humain. Josée Le Roux compose une nouvelle cosmogonie à travers laquelle se retrouvent certains codes de représentation du monde. Si la couleur bleue symbolise le monde terrestre et le monde céleste, ici fluide et lumineuse, elle provoque un aspect d’autant plus enchanteur. Elle renvoie au côté précieux de ces globes, objets de connaissances et œuvres d’art. Cette série de peintures, où chaque figure entre ou sort de la toile, évoque la notion de cycle et d’union entre les êtres. Elle invite à la fois à rêver et s’interroger sur les connexions de l’individu avec les différents éléments.

Ainsi, les œuvres de Josée Le Roux proposent un voyage visuel et procurent l’envie de se laisser porter vers un espace-temps, réel ou imaginaire, à laquelle elles renvoient. Ses peintures concentrent à la fois la mémoire d’expériences vécues et l’imagerie autour de la nature. L’artiste interroge le besoin, qui traverse les différentes sociétés, d’une compréhension et d’une représentation du monde. Elle invite à porter son attention sur les détails de la nature, qui peuvent être sources de poésie et de magie. Elle amène également vers une réflexion sur notre situation d’être humain dans notre société.

(novembre 2018)

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Ronan Le Grand

Le travail de Josée Le Roux s'inscrit dans le paysage. Elle se promène dans les bois, s'y perd pour se trouver. Seul son dessin décide du chemin. C'est un dessin fouillé de frondaisons, de ronces, de taillis et néanmoins d'harmonie. Les ronces sont si enchevrêtrées qu'il en devient abstrait. Dès lors le merveilleux peut éclore.
Les robes des jeunes filles s'accordent en leur motif à ce point au paysage qu'elles s'y fondent. "En la forêt de longue absence" se dessinent des présences.
Dans le brouillard, on pense avoir allumé des lustres. On entend le bruissement des pampilles. C'est un rêve d'enfance et c'est comme hors du temps: on peut toucher les arbres, ils répondent. Les dessins de paysage sont très grands afin de nous offrir de semblables immersions. Dans la paix des collines adjacentes, des troupeaux nuageux de moutons paissent. D'une oeuvre à l'autre, on les voit bouger sans se disperser.
Serrés les uns contre les autres, ils semblent naître de la blancheur même du papier comme un rêve de berger. C'est l'été: l'air est pur, on respire. Et on vaudrait qu'il en soit toujours ainsi, que chaque instant soit d'éternité.

Pour qu'une oeuvre ainsi respire, il faut que l'artiste s'en abstraie. C'est difficile mais cela arrive quand on aime profondément son métier.

(Exposition "Rev'Arts" Bezon, mai-juin 2011)

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Isabelle Kevorkian

Josée le Roux est peintre. Toiles géantes, fresques murales ou petites mosaïques réalisées à partir de photographies, elle croque avec finesse le détail d’une posture, d’un geste. Si ses visages sont évanescents, comme floutés par respect, les attitudes, elles, font preuve d’un réalisme subtil. L’on sent un oeil acéré et vif, un sens de l’observation percutant, une sévère acuité, que ce soit pour représenter des enfants ou figurer des hommes politiques.

Elle peint La poignée de main, L’allure, Le pli du costume, La bretelle du cartable sur l’épaule. Elle peint ce qui se révèle unique, un fragment, une particularité, et cela forme des images universelles. Elle peint comme un paparazzi découvre Le scoop.

La différence réside dans le fait que le travail de Josée le Roux ne prête ni à ambiguïté ni à polémique. Ce sont des scènes de rues, de danses, de musiques, d’arènes institutionnelles, de vie. Une vie colorée et digne, que l’on néglige parfois, et les oeuvres de Josée nous le rappellent avec délicatesse.

Jusqu’au 1er octobre, Josée le Roux expose au Centre d’Animation du 11ème arrondissement de Paris. Un projet coordonné par Patrice Gonzalez, piloté par William Lavoye, respectivement administrateur et directeur du centre culturel, et Josée Le Roux, qui a suivi les cours dispensés, les élèves, les professeurs, le quartier aux heures d’ouverture de l’espace Victor Gelez. Le tout constitue un inventaire des lieux sur cimaises : « musiciens, danseurs, dessinateurs, peintres, acteurs… tous, amateurs ou avec une pratique déjà bien ancrée, sont ici par passion » précise Josée, rajoutant : « J’ai commencé à établir une source d’images, grâce à une enquête photographique, réalisée dans le lieu. Le caractère dynamique de cette ambiance conduit à mon désir de réunir ce public en une seule image, y compris à travers ces grands dessins transparents sur les vitres du hall. Intérieur et extérieur se rejoignent dans ce travail sur la frontière de l’espace. Ces dessins disent l’importance que revêtent ces lieux ouverts, protecteurs d’une pratique artistique fondatrice ». L’objectif est de « constater l’interaction entre ce lieu et son environnement, la parfaite harmonie des deux espaces, et des deux réalités » et de la partager avec un public. Grandes toiles, assemblages de petits tableaux, comptoir d’images, et le tour est joué pour découvrir un arrondissement de Paris, avant la rentrée culturelle et associative.

(septembre 2014)